En 20 ans de carrière,
Alter Bridge, sans doute illuminé par le soleil de Floride d’où le groupe est originaire, a traversé les États-Unis pour aller enregistrer la majeure partie de ce 8e album en Californie, au studio 5150, construit par feu
Eddie Van Halen, où d’ailleurs tous les albums du groupe ont ensuite été enregistrés depuis “
1984”. Enregistrer dans un lieu aussi sacré ne pouvait être que prometteur, et si le résultat dépasse largement les attentes, l’esprit d’Eddie Van Halen y est sans doute pour quelque chose.
Pour commencer, l’album est éponyme, l’idée étant de ne pas arriver avec un titre fantaisiste afin de mieux capturer,
aux dires de Myles Kennedy, chanteur/guitariste du groupe, l’essence brute d’
Alter Bridge. Et de l’essence, il n’y en a plein le jerrican du groupe tant l’énergie déborde du début à la fin. Arriver à un tel niveau de maturité est l’objectif secret de chaque groupe, et cet album est plus que réussi.
Alter Bridge a réussi en effet la prouesse de jongler avec la puissance, l’originalité, la justesse et l’harmonie, le tout avec une élégance notable.
Venons-en au contenu de ce petit bijou de la rentrée 2026. Le morceau qui ouvre le bal (‘Silent Divide’) plante immédiatement le décor de ce qui va se dérouler : riff agressif et accrocheur, refrain polyphonique imparable, changements de rythme, solo harmonieux... on est d’emblée dans le bain. S’il est fréquent de voir des groupes proposer leur meilleur morceau en
single pour attirer le chaland, ce n’est pas la stratégie d’
Alter Bridge, qui en a gardé sous le pied. À vrai dire, l’album n’ayant pas de gros point faible, chaque morceau aurait pu être un
single.
‘Rue the Day’ est un morceau plus mid-tempo et lourd que le reste, genre ‘
Sad but True’ version
live de
Metallica, ou encore ‘
Invisible Monster’ de
Dream Theater, qui permet à l’auditeur de bien s’asseoir dans le rouleau compresseur d’
Alter Bridge. S’ensuivent une série de morceaux accrocheurs reflétant l’état d’esprit d’un
Alter Bridge au firmament de son art, proposant un metal aux teintes tantôt alternatives, tantôt progressives, tantôt thrash, tout en puissance maîtrisée. Point notable, le chant est toujours harmonieux et bien pensé, rappelant parfois l’originalité de Brandon Boyd d’
Incubus, équilibrant à merveille la puissance musicale sous-jacente.
‘Hang by a Thread’ est un morceau plus singulier qui démarre en acoustique sur un air sans doute un peu déjà-vu que certains trouveront peut être commercial aux entournures, mais cette folk américaine redonne de l’air à un album surpuissant et permet de rebondir d’autant plus haut avec la suite.
L’album est ponctué par ‘Slave to Master’, le titre le plus épique d’un opus pourtant déjà bien fourni en morceaux marquants. Après une petite intro mélodique, surgit un riff imparable à la ‘
The Grand Conjuration’ d’
Opeth, qui se libère jusqu’à tant exploser qu’on imagine déjà faire secouer la fosse en
live. Ce titre final est la synthèse parfaite du meilleur d’
Alter Bridge qui confirme une dernière fois que l’album n’avait pas forcément besoin de titre.